La magie du boutis

Le 21 janvier à 11h23 - Campagne Décoration

Après avoir consacré son talent au patchwork multicolore, Nadine Rogeret s’est découvert une passion pour le boutis provençal blanc, d’une douceur et d’une transparence inégalables.

Nadine Rogeret est installée en Provence depuis une dizaine d’années. Sa passion pour le boutis est née d’un coup de foudre au cours d’une visite au musée des Arts Décoratifs de Paris, en 1993. Elle excellait déjà dans l’art du patchwork et la découverte du boutis provençal lui inspira « la notion d’infini comme moyen d’expression » : certaines pièces qu’elle restaure sont porteuses d’une histoire très riche qu’elle raconte à ses élèves dans son atelier-galerie de Pernes-les-Fontaines, qui feront de même avec d’autres… « Le boutis est un élément clé du patrimoine et du mode de vie des femmes provençales.Il était présent dans le trousseau des futures mariées ou bien des nourrissons. »

Chaque famille se transmettait le boutis, considéré comme un objet précieux. Il était chargé de sens et d’histoire jusque dans ses motifs. Avec le temps, la transmission de ce savoir-faire s’est peu à peu perdue. C’est ainsi que des raretés conservées au grenier se dégradent et tombent aux oubliettes. Souvent, l’atelier de Nadine est le dernier espoir d’une famille pour sauver un boutis.

Que ce soit pour des créations ou des restaurations, Nadine respecte toujours trois étapes (le dessin-le piqué-le méché). La première consiste à dessiner une maquette sur du papier puis à la doubler sur du calque. Le calque apppliqué sur le tissu permet ensuite de procéder au piquage : muni d’une deuxième épaisseur de tissu, on pique à la main par petits points successifs les deux épaisseurs en suivant le dessin tracé. Enfin, on procède à la troisième étape, le méchage, qui permet de créer les volumes. Le relief s’obtient en introduisant, sur l’envers, les mèches de coton plus ou moins filé, entre les deux épaisseurs de tissus, à l’intérieur de chaque motif.

Jusqu’à obtenir une vraie sculpture! Le travail sur un seul boutis peut durer des années. De nos jours, le nom de boutis est bien souvent galvaudé et confondu avec les ouvrages matelassés. En fait, le mot boutis provient à la fois de l’aiguille à bout rond qui sert à pousser la mèche, du geste (« bouter » signifie « mise en bosse » ). Le matelassé résulte, quant à lui, de l’assemblage de deux couches de textile emprisonnant une épaisseur de laine, de coton ou de soie, plus ou moins importante. Si au premier regard, la ressemblance peut être frappante, l’examen en contre-jour ne fera pas apparaître les transparences propres au boutis, le long des lignes de couture qui délimitent les motifs.

Galerie-atelier Courtepointe, 7, place du Portalet, 84210 Pernes-les-Fontaines. Tél. : 04 32 85 07 59 et 06 09 11 58 03.

L'artisan du mois réalisé par Paul-André Coumes
Campagne Décoration N°59 Sept-Oct 2009

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