Une bergerie entre vignes et garrigues

Le 10 septembre à 15h58 - - Maison & Travaux

Adossée à un coteau, au fond d’un vallon, l’ancienne bergerie partiellement en ruine a été convertie en une confortable et agréable maison d’hôtes. Une transformation menée à bien par un couple qui associe créativité et technicité. Par Sophie Giagnoni. Photos Antonio Duarte. Architecte Emmanuelle Stevenoot (septembre 2010)

Gardois d’origine, elle (architecte d’intérieur) et lui (à la tête d’un cabinet d’ingénierie) recherchaient dans cette région une maison rurale de caractère, suffisamment vaste pour y aménager des chambres d’hôtes. Leur choix s’est finalement porté sur cette bergerie, nichée dans un environnement exceptionnel, entre vignes et garrigues. Ensemble, ils ont conduit les travaux, de la conception à la réalisation.

Une modeste bergerie

Couvrant une surface au sol de 265 mètres carrés, la bergerie est composée de quatre corps de bâtiment juxtaposés, orientés sud-est/nord-ouest : des agrandissements successifs qui ne communiquaient pas entre eux à l’origine. Leur époque de construction est difficile à dater tant les techniques traditionnelles sont restées inchangées à travers les décennies, voire les siècles. C’est ainsi que de ces bâtiments aucun ne possède de fondations, mais tous reposent sur des doubles murs en partie basse, enterrés à 25 cm de profondeur.

Ces murs sont en maçonnerie de pierres calcaires, directement prélevées sur le site ou dans la campagne environnante.

Au moment de l’achat, deux de ces bâtisses étaient à ciel ouvert, une autre avait vu sa toiture récemment refaite par le précédent propriétaire. Enfin, trois d’entre elles présentaient des sols en terre battue, la quatrième était caladée en petites pierres. Ces sols rudimentaires montraient en outre de fortes pentes, destinées sans doute à faciliter l’évacuation des excréments animaux vers les portes. L’ensemble n’offrait aucun confort moderne, si ce n’est l’éclairage électrique

Des reprises de maçonnerie modérées

Les pierres calcaires des murs étaient liées par des mortiers à base de chaux et de terre. Elles étaient par ailleurs partiellement enduites de chaux au moment de l’acquisition de la bergerie. Rudimentaires mais de bonne qualité, ces liants ont bien résisté au passage des années et permis aux murs de conserver leur solidité. Ceux-ci ont simplement été décroutés, puis rejointoyés au mortier de chaux.

Les façades sud-est présentaient cependant des déformations inquiétantes, malgré les ancrages métalliques fixés aux poutres transversales des planchers. Une reprise en sous-oeuvre a permis le renfort des fondations et deux contreforts extérieurs (apparents) sont venus épauler l’ensemble. La façade nord-ouest n’a pas nécessité ce type d’intervention grâce à sa position semi-enterrée dans le coteau.

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La réfection des toitures

La toiture refaite sur l’un des corps de bâtiment par le précédent propriétaire a été conservée. Elle est constituée de plusieurs éléments : des parefeuilles (carreaux de terre cuite de 23 x 37 cm utilisés au XIXe siècle pour former le voligeage qui recevait les tuiles), un film en textile non tissé, un matelas de 6 cm de laine de chanvre, une chape de mortier maigre de chaux épaisse de 5 cm sur laquelle sont scellées les tuiles canal (en rives, aux faîtières, à l’égout et une tuile sur dix en plein carré). Cette conception semble relever d’une tradition empirique et locale.

Sur les deux autres corps de bâtiment, une technique plus classique a été employée mettant en oeuvre des caissons chevronnés (gamme « Trilatte » de Unilin Systems: la sous-face en plaque de plâtre est fixée sur des chevrons entre lesquels est projetée de la mousse polyuréthane). Des crochets en L permettent de fixer les caissons sur les pannes.

Le liteaunage cloué ensuite sur les caissons reçoit les tuiles canal. Ces caissons prennent appui sur des charpentes en pin lesquelles sont constituées, ici, de deux sortes, soit de poutres reposant de pignon à pignon, soit de fermes classiques avec panne faîtière, panne intermédiaire et panne sablière.

Un rez-de-chaussée « en espalier »

Juxtaposés, cloisonnés et bâtis sur un terrain en pente, les quatre corps de bâtiment offraient des hauteurs de sols différentes. Chacun présentait en outre des déclivités, liées à leur ancienne fonction de bergerie.

Les propriétaires actuels ont profité de ces dénivellations pour créer des jeux de niveau. Des marches ont été ajoutées entre les différents bâtiments, et au sein même de chacun d’entre eux, pour permettre le passage de l’un à l’autre, d’une pièce à une autre. Le terrassement des sols, pour leur mise à niveau, a révélé la présence de gros rochers qui ont été conservés pour des raisons esthétiques. Ces sols intègrent l’ensemble des réseaux (téléphone, eau, électricité) et un plancher chauffant rafraîchissant à basse température.

Après le nivellement et la pose de dalles isolantes, une chape anhydride a été coulée qui enrobe parfaitement les tubes en polybutène du plancher chauffant (« Maxifix » de Maxitub). Ces tubes de 13/16 de diamètre sont raccordés à un collecteur (« Ecofloor »), lui-même relié à une pompe à chaleur air/eau, d’une puissance de 28,4 kW pour un COP de 2,93 (« AquaCiat 2 ILDC » 100 V triphasée de Ciat).Le revêtement de sol, en pierre de travertin dans l’ensemble des pièces communes du rez-de-chaussée, a été directement collé sur la chape.

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Des planchers isolants

L’aménagement des anciens greniers à foin a augmenté la surface habitable de 140 mètres carrés. Deux nouveaux escaliers en béton desservent ce niveau où se trouvent deux chambres d’hôtes. Dans l’une de ces chambres, située à l’extrémité ouest de la maison, un plancher béton (mise en place de poutrelles en béton précontraint, chaînage, remplissage par hourdis creux, dalle de compression de 5 cm d’épaisseur) a été mis en oeuvre au-dessus de la structure bois existante, conservée justement pour son aspect décoratif. D’une part, cette solution améliore l’isolation acoustique, d’autre part elle renforce la liaison entre les divers murs en maçonnerie.

Ailleurs, le plancher bois a été maintenu. Il est constitué de poutres en sapin de section cylindrique, dans lesquelles ont été pratiquées des rainures en partie supérieure. Celles-ci reçoivent le voligeage bois formant le plafond du rez-de-chaussée. Sur ces voliges a été mise en place une isolation acoustique pour parfaire le confort des chambres (30 mm d’Isorel mou, 120 mm de laine de roche en deux couches croisées, plancher en dalles d’aggloméré posé sur des lambourdes fixées sur le sommet des poutres).

Ces planchers intermédiaires ont été revêtus d’un parquet en chêne massif vieilli, finition huilée, fait de lames de longueur variable collées sur le support aggloméré. Au préalable, une sous-couche acoustique (« Acouflex GS 5 » de Sika) a été interposée pour diminuer les bruits d’impact.

Maison d'hôtes La Bergerie de Fontbonne : www.bergeriedefontbonne.com

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