Habiter le paysage

Le 7 janvier à 11h57 - - Maison & Travaux

Dominé par sa chapelle romane dont la cloche, muette pendant de longues années, sonne à nouveau la fin des vendanges, ce domaine doit sa résurrection à un projet moderne, lumineux et respectueux des volume d'origine

 

 Situé dans le Haut Beaujolais, le domaine quasiment à l’abandon était composé d’un ensemble de vieux bâtiments qui formaient à l’origine une maladrerie, convertie plus tard en ferme viticole. « La première fois que j’ai visité cette bâtisse, je n’étais pas convaincue, confie la propriétaire, c’est surtout mon mari qui a été séduit par les vignes. Pour ma part, je trouvais les pièces petites et les façades presque aveugles. » Lorsqu’ils acquièrent cette propriété bâtie à flanc de coteaux, seule la maison du vigneron est habitée. Les vastes bâtiments annexes sont vides! Le couple envisage alors d’y aménager un appartement de 300 m2, un gîte de 100 m2 et trois chambres d’hôtes. Le projet est confié à l’architecte Frédéric Faucher avec le soin d’en faire un projet contemporain qui, tout en respectant les volumes d’origine, s’ouvre à la lumière.

Une liaison ultramoderne

 Initialement, la propriété comprenait un bâtiment principal en forme de L, une chapelle et un cuvier indépendants. Pour lui donner d’avantage d’unité, les propriétaires désiraient créer une liaison entre le cuvier et la chapelle. Répondant à cette attente, l’architecte imagine alors un volume contemporain à demi enterré, totalement ouvert vers la vallée de la Saône et les Alpes, ce qui donne le sentiment d’habiter le paysage.
 Réalisé en bloc béton, le nouveau bâtiment prolonge l’ancien cuvier. Il se caractérise par une configuration tout en longueur et, comme il est situé plus bas que la Chapelle, il a conduit à en reprendre les fondations en sous-oeuvre. Pour s’intégrer parfaitement au paysage, cette extension est enduite d’un mortier projeté finement gratté (Weber et Broutin) du même gris foncé que certains grès que l’on retrouve dans l’appareillage des murs d’origine.<page />

Aménagements de goût

 Une cuisine à l’américaine, une bibliothèque et une chambre avec salle de bains occupent le nouveau volume. À l’arrière, un couloir traverse l’extension dans le sens de la longueur pour donner accès à la chapelle. Ce double passage ouvert devient volontiers galerie d’exposition. Au niveau de la chambre, le cloisonnement réalisé en briques («Carrobric » d’Imerys) est percé d’une grande menuiserie à vitrage dépoli. Ses deux panneaux coulissants encadrent un panneau fixe qui sert de tête de lit.
 La cuisine communique avec le vaste volume du cuvier aménagé en salon avec mezzanine. Deux poteaux métalliques intégrés à la cheminée soulagent la poutre qui supporte la dalle béton. En sousface, le béton laissé brut est simplement peint. À l’étage, une longue baie éclaire le bureau et offre une vue imprenable sur les vignes.

Mettre en valeur l’existant

 Vastes espaces intérieurs abritant des fonctions en îlots (équipement en coeur de cuisine ou la salle d’eau au centre de la chambre) et larges baies forment les constantes de la rénovation du domaine. Les deux gîtes ont été restaurés dans cet esprit. « Nous avons voulu respecter la simplicité et la sobriété du bâti existant caractérisé par de grands volumes avec de belles charpentes », explique Frédéric Faucher. Le vocabulaire architectural est donc volontairement limité : pierres ou terres cuites pour les sols, MDF pour l’agencement intérieur associé à l’acier pour les escaliers, aluminium pour les ouvertures contemporaines, bois pour les fenêtres traditionnelles et le parquet. Les tomettes de Bourgogne, qui étaient là, en tas, ont été réutilisées et les poutres déposées ont permis de remplacer celles qui étaient trop abîmées.<page />

Faire entrer la lumière

 Dans ces anciens bâtiments aux murs presque aveugles, le défi était d’éclairer naturellement l’intérieur. Au rez-de-chaussée, toutes les anciennes portes de grange ont été équipées de menuiseries en aluminium laqué gris anthracite, une couleur qui se marie de façon particulièrement harmonieuse avec les murs en pierre de Bourgogne. L’aluminium permet de concilier grandes dimensions et finesse des montants. Les profilés sont à rupture de pont thermique (SMS) et les doubles vitrages de sécurité à isolation thermique renforcée (ITR, «Planitherm», de Saint-Gobain Glass).
 À l’étage, de larges ouvertures ont été percées, soit en longueur, soit en hauteur sur plusieurs niveaux. Dans la répartition, les visions panoramiques alternent avec les vues ciblées à la façon de tableaux. Elles sont orientées vers le paysage de vignes et de collines boisées environnantes.
 Une idée maîtresse fédère le projet : conserver, malgré la diversité des espaces et des usages, un ensemble bâti cohérent.
 
Dossier réalisée par Corinne Bailly. Photos Antonio Duarte
Architecte, Frédéric Faucher
Domaine de la Chapelle du Vâtre,
chambres d’hôtes : www.vatre.com

Et aussi :Tradition dehors, modernité dedans !, Une maison avec vue sur Paris ou encore Lumière et symétrie

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