Une cité convoitée
La découverte de la Lorraine passe par Metz, capitale de la région depuis 1972. Profitant de sa situation idéale entre la Moselle et la Seille, les premiers hommes s’installent dans sa partie haute, la colline Sainte-Croix, restée le berceau de la ville. C’était il y a 3 000 ans. À la période romaine, la cité prend une importance considérable si l’on en juge par son grand amphithéâtre de 25 000 places, aujourd’hui disparu. Coupée dans son essor par les invasions barbares, notamment celle d’Attila en 451, elle se relève rapidement et devient capitale du royaume mérovingien d’Austrasie.
Les rois s’établissent dans le palais de la Cour d’Or, site de l’actuel musée en partie dévolu à l’histoire de Metz et du pays messin. Grand foyer artistique sous les Carolingiens, la ville est particulièrement réputée pour son école de chant ecclésiastique, d’où le grégorien rayonne sur toute la chrétienté. Intégrée au Saint-Empire romain germanique au Xe siècle, gouvernée par un évêque, la cité épiscopale prend le statut de république messine au XIIe siècle. Le commerce du sel, du vin, des céréales, de la tannerie, du drap… la rendent si prospère qu’elle attire les banquiers et, du même coup, la convoitise de ses voisins.
Les empreintes de l’Histoire
Le roi Henri II s’installe à Metz en 1552, mais la ville n’est définitivement rattachée à la France qu’en 1648, avec pour mission principale de défendre le territoire. Une citadelle est construite au centre de la ville fortifiée. Sous Louis XV, le duc de Belle-Isle, gouverneur de la province des Trois Évêchés, en repense l’urbanisme pour l’adapter aux exigences d’une grande ville de garnison. L’ancienne cité médiévale est remodelée, assainie, et les places aménagées. Elle se dote de monuments classiques qui lui confèrent une nouvelle grandeur. La ville haute, dominée par la cathédrale, est reliée au quartier des Isles, ouvrant de nouvelles pages de l’histoire architecturale de cette pierre jaune de « lumière et de miel », la pierre de Jaumont, qui illumine les bâtiments.
À l’issue de la guerre de 1870, Metz est annexée par l’Allemagne. De nouveau française en 1818, elle repasse sous le joug allemand entre 1940 et 1944. La première période d’annexion voit naître des quartiers entiers destinés à étendre et germaniser la ville. En marge des styles du passé revisités, la néorenaissance et le néoroman, illustré de manière colossale par la gare voulue par Guillaume II, voisinent des bâtiments Jugendstil (courant correspondant à l’Art nouveau français).
Un pôle culturel et technologique
Metz, grand port céréalier, a peu à peu abandonné sa vocation militaire pour se tourner vers de nouveaux objectifs économiques. Créé dans les années 1980, le Technopôle, premier parc d’activités technologiques spécialisé dans l’informatique et la communication, rassemble 200 entreprises et une dizaine d’établissements scolaires, universitaires et grandes écoles, dans un vaste ensemble paysager. La citadelle démantelée est devenue un pôle culturel, avec pour fleuron la grande salle de concerts de l’Arsenal, aménagée par Ricardo Bofill.
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Pour renforcer son attraction culturelle, la capitale lorraine accueillera une antenne du centre Pompidou en 2008. Mais avec 450 hectares d’espaces verts pour 127 500 habitants, elle poursuit son développement en harmonie avec la nature. Plus de trente kilomètres ont été aménagés pour la promenade le long des quais et fortifications. Au pied de la ville, la Moselle a été élargie pour constituer un vaste plan d’eau bordé d’un parc de loisirs et de détente. Un aspect du dynamisme de Metz et de son attachement à l’environnement pour une meilleure qualité de vie.
La maison de Robert Schuman
Dominant la Moselle, à quelques kilomètres de Metz, le village de Scy-Chazelles abrite la maison de Robert Schuman (1886-1963). Imprégnée de la personnalité du Père de l’Europe, qui vivait là entouré de ses livres et meubles lorrains, elle est devenue un lieu de mémoire et de culture ouvert au public. Sa visite se prolonge par le jardin comprenant une partie « agrément » et un vaste potager. La vasque décorative ornée d’un Graouilly est toujours là. Les légumes sont plantés, les fleurs à couper aussi, et les allées sont à nouveau bordées de pommiers et poiriers palissés. Séparé du jardin historique par un petit muret, « Le jardin des plantes de chez nous », créé par le paysagiste Pascal Garbe – chargé également de la restauration du jardin historique –, nous plonge dans un univers plus actuel.
Adossés à des haies en vagues délimitant de petits espaces, des parterres de centaines de fleurs connues ou oubliées s’offrent au plaisir des yeux et de la découverte. Le but est de présenter des plantes obtenues par les horticulteurs du Grand Est au cours des deux siècles passés : les Simon-Louis, Gerbeaux, Crousse ou Lemoine, qui fut l’ami de Gallé. « C’est de l’expérimentation remise au goût du jour », explique Pascal Garbe, soucieux de donner des idées de plantes bien adaptées au climat mosellan et faciles à imaginer dans son propre jardin. Changement d’ambiance avec son « Jardin d’ombre », tapissé de plantes de sous-bois à l’abri des grands arbres. La visite se termine par le « Jardin blanc », avec ses alignements de pots à même le sol. Situé à deux pas de la maison, il a été créé en hommage à Schuman, comme il se doit.
Maison de Robert Schuman, 8-12, rue Robert-Schuman, 57160 Scy-Chazelles. Tél. : 03 87 60 19 90.
Reportage réalisé par Pascale Thuillant. Photos Patrick Smith.
Art&Décoration N°Janv Fév 2007
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