Marseille, plus belle la ville !

Le 12 avril à 10h57 - - Art & Décoration

Attachante, imprévisible, bourgeoise et populaire, exubérante et discrète, Marseille est à la fois tout et son contraire. Sur son socle de roche blanche, la belle Phocéenne en pleine renaissance réhabilite tous ses quartiers. Balade dans une ville qui change.

L’exubérance du Vieux-Port

Du Vieux-Port aux Calanques, 59 km de côte dessinent les contours d’une ville lumineuse. Situé sur l’emplacement du Lacydon, ancien port antique dont les vestiges viennent tout juste d’être ouverts au public, le Vieux-Port est le cœur historique de la ville. Théâtre quotidien d’une activité joyeuse, rythmée par la criée aux poissons le matin, par le ferry-boat qui effectue plus de 50 traversées par jour entre la mairie et la place aux Huiles, et par le trafic incessant des bateaux, il est au coeur de l’identité marseillaise.

Plus intime, la Corniche nous entraîne dans une promenade romantique en bord de mer, depuis l’anse des Catalans jusqu’au parc balnéaire du Prado. Réaménagée à la fin des années 1950 et baptisée Corniche Kennedy, elle surplombe la Méditerranée et offre de magnifiques points de vue sur les îles du Frioul et le château d’If. Sous le Second Empire, la bourgeoisie marseillaise fortunée y fait construire de somptueuses villas entourées de jardins, comme le château Berger, la Villa Valmer ou la Villa Gaby, dont la fantaisie et l’ornementation évoquent le XVIIIe siècle. À deux pas de ces « folies », et c’est là tout le miracle marseillais, le vallon des Auffes et sa palette colorée de cabanons et de barquettes, décline un art de vivre délicieux où il fait bon déguster une bouillabaisse et autres spécialités locales.

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L’intimité du quartier du Panier

Une ambiance de village du Sud riche en couleurs et en atmosphère. L’Histoire raconte que les Grecs, venus de Phocée en Asie Mineure, ont débarqué dans la calanque du Lacydon et fondé la cité en 600 avant J.-C., sur la colline dominant le port. Le Panier a longtemps abrité une population de pêcheurs et de navigateurs. L’origine du nom viendrait d’une auberge du XVIIe siècle, Le Logis du Panier. C’est là que se sont installés les immigrés venus par vagues successives à Marseille : Italiens, Corses,Arabes, Comoriens. Avec ses ruelles étroites, ses placettes ensoleillées bordées de micocouliers, ses escaliers qui grimpent vers la lumière et ses belles façades aux couleurs pastel, le Panier est un havre de tranquillité – sans voitures, ou presque – où l’on oublie un instant le tumulte du port et de la ville.

Dans le dédale de ses ruelles colorées, il abrite quelques joyaux d’architecture comme la Vieille-Charité, œuvre monumentale de l’architecte marseillais Pierre Puget transformée aujourd’hui en musée, la cathédrale de la Major, le clocher des Accoules ou la Maison Diamantée. Lieu de prédilection des artistes, des artisans et des créateurs, installés autour de la Vieille-Charité ou de la place de Lenche, où plane encore le souvenir de Fabio Montale, antihéros de Jean-Claude Izzo, le plus vieux quartier de Marseille a su conserver son charme et son caractère.

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L’opulence architecturale du XIXe

Marseille construit son âge d’or sous la Monarchie de Juillet et le Second Empire. Avec l’arrivée de Louis-Napoléon Bonaparte au XIXe siècle, Marseille voit naître tous les grands projets et prend son essor. La ville entreprend des travaux d’urbanisme et d’embellissement comme celui de la gare Saint-Charles qui précède l’achèvement de la ligne Paris-Lyon-Marseille. Elle se dote d’un nouveau port, le port de la Joliette, et ouvre des artères dans l’esprit des belles avenues haussmanniennes de Paris, comme l’avenue du Prado et la rue de la République qui fait actuellement partie du vaste projet de réhabilitation Euroméditerranée.

Du Second Empire datent aussi le Palais de la Bourse, Notre-Dame-de-la-Garde, la nouvelle Major et le Palais Longchamp, monument à la gloire de l’eau qui arrive enfin à Marseille par le canal de la Durance. La première pierre du Palais Impérial, résidence marseillaise de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie, est posée en 1858 sur le promontoire du Pharo. Le XIXe reflète aussi l’opulence des châteaux de campagne, le raffinement des arts décoratifs, la faïence de Marseille ou de Moustiers. Les bastides, magnifiquement restaurées, enchaînent les fêtes mondaines. Le musée Grobet-Labadié témoigne aujourd’hui encore de l’éclectisme du XIXe et du goût de la bourgeoisie pour les beaux-arts.

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L’architecture contemporaine

Vivante et active, Marseille a toujours su se reconstruire et vivre avec son époque. Au fil des ans, les réalisations d’architectes prestigieux ont dessiné le nouveau visage de la cité phocéenne. Gaston Castel laisse à Marseille une œuvre considérable dont l’Opéra reconstruit en 1924 à la suite d’un incendie et la porte de l’Orient sur la Corniche. Le Corbusier construit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale la Cité Radieuse, lieu de vie gai et coloré dont la convivialité contraste avec les barres d’habitation sans âme des années 1950 à 1960. Viennent ensuite Fernand Pouillon, à qui l’on doit la reconstruction du Vieux-Port, Fernand Boukobza, qui construit le Brasilia en 1964, René Egger, avec l’École nationale d’Architecture de Luminy en 1966-1968, ou Roland Simounet, dont l’édifice solaire abrite l’École nationale de Danse de Marseille.

Dans le cadre du projet Euroméditerranée, Marseille revisite aujourd’hui son patrimoine et fait appel aux grands noms de l’architecture pour redessiner le front de mer, une nouvelle ville dans la ville, entre le Vieux-Port, le port de commerce et la gare Saint-Charles. Les Docks, édifiés par Gustave Desplaces au XIXe siècle, et la Friche du quartier de la Belle-de-Mai, sont réhabilités par Éric Castaldi. Sur le front de mer, la tour CMA CGM de Zaha Hadid culmine à 158 m, témoin de la future skyline marseillaise.

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Capitale européenne de la Culture 2013

Marseille est un chaudron bouillonnant qui mêle toutes les formes d’art. Plus de 30 musées reflètent la multiplicité de ses communautés, 25 théâtres, dix salles de concert, un opéra et de nouveaux espaces comme la Friche de la Belle-de-Mai témoignent d’un dynamisme culturel riche d’échanges et d’influences du monde entier. Des peintres de l’Estaque, qui posèrent les fondements de la peinture moderne, aux somptueuses mosaïques de Notre-Dame-de-la-Garde ; des étonnantes collections du musée des Arts Africains, Océaniens, Amérindiens de la Vieille-Charité aux dernières acquisitions du musée Cantini ; des chorégraphies du Ballet national de Marseille aux créations des jeunes artistes de la Friche…

Marseille aime se donner en spectacle et affiche une diversité qu’elle revendique avec fierté. Auréolée de son titre de Capitale européenne de la Culture 2013, Marseille astique ses monuments, rénove ses musées et entreprend d’audacieux chantiers comme la transformation du silo d’Arenc en salle de spectacle de 2000 places, ou la création du musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée qui ouvrira ses portes en 2012. En attendant, l’effervescence gagne du terrain et les Marseillais, qui n’ont pourtant pas le génie de la patience, acceptent avec bienveillance ce théâtre de rue permanent.

Reportage réalisé par Martine Freynet. Photos Patrice Binet, sauf mention contraire
Art&Décoration N°459 Mars 2010

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