Le comtat venaissin, pays d'eau et de pierre

Le 5 juin à 10h37 - - Maison & Travaux

Depuis les villages perchés jusqu'aux maisons maraîchères dans la riche plaine du Vaucluse, ce sont les caractères de l'architecture méridionale qui séduisent le promeneur. Communs à tout le Midi, ils prennent cependant ici une marque locale due aux richesses minérales baignées d'eaux vives.

Étendu autour de Carpentras, le comtat Venaissin tient sans doute son qualificatif de Venasque (« Vindasca » puis « Vendasca » au xe siècle), village-forteresse où les évêques trouvèrent jadis refuge (entre les Ve et Xe siècles) avant que le comtat ne devint domaine pontifical pour fort longtemps (1274-1791). Irrigué par l'Ouvèze et ses affluents (Sorgue, Auzon...) que complètent des canaux d'irrigation, ce terroir est le domaine des vergers, cultures légumières, prairies et vignoble. À l'est, il est dominé par le mont Ventoux. Ce belvédère (1912 m) livre un panorama qui peut s'étendre des Alpes à la Méditerranée ! Surnommé « l'Olympe de Provence », il est classé « Réserve de la biosphère » par l'Unesco pour ses forêts aux essences variées et sa flore « alpine ».

Du village vertical à la maison bloc-à-terre

Butte, éperon rocheux, sommet de plateau..., les villages s'implantent volontiers sur les reliefs autant pour assurer la sécurité des habitants que pour réserver les terres aux cultures (seigle, sarrasin, vigne, olivier...).

Les villages perchés

Jadis enclos dans un rempart et dominés par un château, ils forment une trame minérale serrée de maisons qui se partagent un espace réduit. Accolées les unes aux autres, elles bordent d'étroites ruelles empierrées, parfois voûtées créant ainsi des passages couverts, qui conduisent à des places, espaces communautaires et d'échanges où se tenaient marchés, foires et cérémonies. Élevées sur deux ou trois niveaux voire quatre, les maisons comprennent un rez-de-chaussée qui est parfois creusé en partie dans la roche. Il était souvent utilisé comme remise et atelier. Quand elle était le siège d'une exploitation agricole, la maison comptait un cellier où se trouvait la cuve à vin. L'étage abritait la pièce à vivre où l'on cuisinait, mangeait et se lavait.

Les chambres occupaient le second étage tandis que les réserves (grains, bois et foin) étaient remisées sous les toits. À partir du XVIe siècle, l'habitat perché descend vers la plaine et tend à se disperser. À la maison en hauteur se substitue la maison bloc-à-terre, isolée dans son domaine. Par la suite, ce type d'habitat tend à se regrouper, formant de petits hameaux avec un four, un puits et une aire de battage. Souvent, les familles paysannes agrandissaient leurs maisons à mesure des besoins familiaux. Au XIXe siècle, certains villages perchés sont délaissés au profit des communes de plaine qui regroupent les commerces et services publics. Plus proches des grands axes routiers, elles sont aussi plus accessibles. On parle dans ces cas-là de « déperchement » ou de « dédoublement ».

De grandes fermes disséminées

Autre type d'habitat, les grandes fermes à cour fermée ou ouverte, appelées « grange » ou « granjon » (petite exploitation) ou, plus récemment, « mas ». Le volume de base est la maison bloc-à-terre à laquelle se sont ajoutés, à mesure des besoins et suivant l'évolution des techniques agricoles, de nouveaux bâtiments qui lui donnent un plan en L, en U ou en cour fermée. La « grange » montre souvent une orientation nord-est/sud-ouest pour concilier ensoleillement et abri. Une haie de cyprès plantée au nord de la façade forme un écran protecteur contre les rafales de vent. Au sud, des platanes et treilles de vigne, fixées le long de la façade, apportent un peu d'ombre l'été.

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À l'est, le pignon de la bâtisse est aveugle pour faire obstacle aux porteurs de pluie. Couverte de tuiles canal lestées de grosses pierres, la toiture est parfois asymétrique – la pente nord s'inclinant vers le sol – pour « briser le vent ». Au rez-de-chaussée, la salle commune forme le coeur de la maison. Coiffée de poutres apparentes et couverte de tomettes, elle abritait également la cuisine et la salle de travail où l'on triait les légumes avant de les vendre sur les marchés. À l'étage (accessible par un escalier intérieur), se trouvent les chambres que surmonte traditionnellement le grenier où l'on remisait le grain et le fourrage.

Les nobles résidences de campagne

Les bastides sont caractéristiques des campagnes situées autour des villes aisées (Aix-en- Provence, Avignon). Édifiées par l'aristocratie de robe ou d'épée entre les XVIIe et XVIIIe siècles, les bastides ont une double fonction. C'est une résidence d'été établie « à la campagne », à quelques lieues des zones urbaines (Avignon, Carpentras...) pour en fuir l'insalubrité. Parfois, elles sont aussi le centre d'une exploitation agricole. Hautes et bien équilibrées, les façades doivent être vues de loin ! Elles comptent deux à trois étages et bénéficient d'un appareillage soigné : encadrements de baie et chaînes d'angle en pierre de taille. L'ensemble est souvent précédé d'un beau portail ouvragé, d'une allée bordée
d'arbres, d'un jardin avec sa fontaine et d'une terrasse s'ouvrant sur la campagne.

Détails d'architecture

Les maçonneries sont bâties en moellons issus de l'épierrement des champs. La roche de carrière (un calcaire demi-ferme légèrement sableux) est réservée aux encadrements de baies et aux chaînes d'angle. De teinte gris blanc, les blocs sont grossièrement équarris et posés à joints croisés pour former deux parements comblés par un blocage (en tout-venant) lié avec un mortier de terre additionné d'un peu de chaux. De longues pierres (boutisses) et des pierres traversières solidarisent les deux parements. Aux angles, des chaînes d'angle en pierres taillées sont superposés pour relier les intersections des murs. Tendres et gélifs, ces parements étaient protégés par un enduit à la chaux grasse teinté par la couleur de la terre ou du sable local (beige, rosé, gris clair...). De forme rectangulaire, les fenêtres des maisons rurales sont souvent de petites dimensions pour ne pas fragiliser la maçonnerie, ni laisser le mistral s'engouffrer. Elles sont encadrées par des jambages et couvertes d’un linteau en pierre ou en bois. L'équilibre entre les ouvertures et la façade est lié à la distribution des pièces avec un rapport de 80/20% environ entre les parties pleines et les parties vides.

La pierre, rien que la pierre

Cabanes, bergeries, murs de soutènement..., le Vaucluse compte un grand nombre d’ouvrages en pierre sèche. Cette technique de construction, qui se retrouve à l'est du comtat, est liée à l'abondance de la roche affleurant de toute part. Rendre l'espace productif et nourricier nécessitait ainsi d'épierrer les sols pour les cultiver ou les mettre en pâture, sans compromettre la levée des semences ni endommager le matériel aratoire ! Plutôt que de les amonceler sans fin, paysans, bergers, vignerons... mettaient à profit ces pierres pour édifier cabanes, terrasses, enclos... Mise en oeuvre sans aucun liant, la pierre sèche décline une étonnante variété de formes. Striant les versants des vallées abruptes en gradins, les terrasses de culture (les « restanques ») sont familières. Emblème de la construction en pierres sèches, la cabane (ou « cabanon pointu ») rappelle la faiblesse des rendements : il fallait cultiver et pratiquer l'élevage sur de vastes espaces éloignés des villages et des fermes. Abri de berger, remise à outils, abri-citerne, poste de vinification... : les fonctions étaient multiples mais saisonnières. Certaines bergeries sont spectaculaires avec leur nef à plusieurs travées, et coiffée de coupoles.

Carpentras Capitale du comtat

Située au coeur de la plaine, sur un promontoire dominant l'Auzon, Carpentras devient très tôt un carrefour commercial actif. Cité celtique jusqu'en 46 avant J.-C., « Carpentoracte » est colonisée par les Romains et baptisée « Forum Neronis » (le marché de Néron). Christianisée après la chute de l'Empire, la cité devient le siège d'un évêché qui trouve refuge à Venasque lors des invasions barbares (Ve-Xe siècles). Possession des comtes de Toulouse depuis 1125 (qui l'entoure d'un premier rempart), Carpentras tombe sous la coupe du Saint-Siège en 1274. Après son élection, le pape Clément V s'y installe pour échapper aux rivalités qui déchirent l'aristocratie italienne. Capitale du comtat cinq siècles durant (1320-1791), la cité connaît une période faste grâce à la cour pontificale. C'est une place commerciale active qui compte une importante communauté juive dont la synagogue (XIVe-XVIIIe siècle) est la plus-ancienne de France.

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L'histoire au fil des rues

Emprunte d’une identité forte et originale qui se retrouve dans son patrimoine, Carpentras conserve les traces de son ancien statut de capitale du comtat : de beaux hôtels particuliers, des monuments publics et religieux à l'architecture inspirée d'Italie, témoins du mécénat artistique et intellectuel des prélats. La cité livre ainsi un riche patrimoine aux visiteurs : la cathédrale Saint-Siffrein, chef-d'oeuvre du gothique méridional; le palais de justice (ancien palais épiscopal bâti en 1648); le beffroi (seul vestige d'un hôtel de ville bâti en 1475); la porte d'Orange (dernier témoin des quatre portes fortifiées et de l'enceinte flanquée de trente-deux tours), l'Hôtel-Dieu (hôpital du milieu du XVIIIe siècle, 1750-1762), bel édifice bâti dans le style des palais italiens aux fenêtres à fronton couronné d'une balustrade et doté d'une apothicairerie aux boiseries polychromes); une synagogue (construite au XIVe siècle puis reconstruite en 1743) qui rappelle que Carpentras fut une terre d'asile pour la communauté juive.

En découvrir plus

- Comité du Tourisme de Vaucluse. 12, rue du Collège de la Croix. BP 147. 84008 Avignon Cedex 1. Tél. : 04 90 80 47 00 (www.provenceguide.com)
- Office de tourisme de Pernes-les-Fontaines. 84210 Pernes-les-Fontaines. Tél. : 04 90 61 31 04 (www.ville-pernes-les-fontaines.fr)
- Office de Tourisme de Carpentras. 97, place du 25 août 1944. 84200 Carpentras. Tél. : 04 90 63 00 78 (www.carpentras-ventoux.com)

Dossier réalisé par Alain Chaignon. Photos Antonio Duarte.

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