Tours garde les traces d’un passé glorieux (Voir photos 1 à 5)
Une ancienne capitale royale dotée de splendeurs inaltérables. Incendié et bombardé durant la Seconde Guerre mondiale, Tours a vu disparaître en un éclair des siècles d’histoire et de patrimoine. Et quelle histoire ! Celle d’un grand centre religieux à l’époque des Gaules, d’un foyer intellectuel et artistique au Moyen Âge, et enfin d’une ville royale à la Renaissance. De ce passé glorieux, elle conserve toutefois de considérables vestiges. Il suffit, pour s’en convaincre, de déambuler le long des rues Colbert, du Change, de la Rôtisserie ou encore du Grand-Marché.
Là, de majestueux hôtels particuliers aux façades richement ornées côtoient de vieilles maisons en pans de bois. Et quelques somptueux édifices témoignent encore de la splendeur de ses maîtres d’autrefois. L’imposante cathédrale Saint-Gatien est de ceux-là. Haut lieu du christianisme occidental, élevé entre le XIIe et le XVIe siècle, le monument mêle avec bonheur et harmonie les traits du pur gothique, du gothique flamboyant et de la Renaissance. Mais pardessus tout, et au-delà de ces constructions, Tours a su préserver sa douceur de vivre. Celle qui inspira sans doute Rabelais. Quelques instants en terrasse de café, place Plumereau, à goûter les vins issus des vignobles voisins, nous font comprendre pourquoi Gargantua ne pouvait naître qu’en Touraine.
Des châteaux comme s’il en pleuvait (Voir photos 6 à 10)
Pendant toute la Renaissance, la noblesse construit à tour de bras dans la région. Lorsque Charles VII, chassé de Paris par les Anglais, se réfugie en Touraine en 1429, nul ne peut supposer qu’un miracle artistique est en train de naître du désastre, ni que l’âge d’or du Val de Loire va débuter – pour durer plus de trois siècles. Réfugiée dans la région par obligation, la noblesse y reste par plaisir, prise dans une fièvre architecturale sans précédent, semant aussi les graines de somptueux jardins. Au programme, déambulations bucoliques et inépuisables divertissements. Azay-le-Rideau, « Ce diamant taillé à facettes, serti dans l’Indre », vanté par Balzac, emblème de l’architecture de la première Renaissance tourangelle.
Ou les douze Jardins remarquables en terrasses qui servent d’écrin au château de la Chatonnière. Ou encore le château du Rivau, qui ressuscite une nature de légendes invitant à un vagabondage vers les souvenirs d’enfance. Et aussi le château d’Ussé, qui nous entraîne dans le monde des fées, des hardis seigneurs et des gentes dames, et que l’on connaît désormais sous le nom du château de la Belle au Bois dormant pour avoir inspiré à Charles Perrault son plus célèbre conte. Exemples parmi d’autres, ils témoignent du travail et de l’imagination déployés par les propriétaires et jardiniers du Val de Loire, pour nous faire partager ces lieux magiques.
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Étonnantes maisons troglodytes (Voir photos 11 à 14)
Ces habitations concourent autant au caractère de la région que ses châteaux. C’est en Val de Loire que l’on trouve la plus forte concentration d’habitats troglodytes. Il aura suffi de creuser pour que le sous-sol livre cette manne providentielle : le tuffeau. Il a contribué à part égale aux demeures des rois comme aux logis des pauvres. Fournissant aux hommes qui en faisaient l’extraction un mode de subsistance, le tuffeau leur a aussi offert un moyen économique de se loger. Le moindre filon de pierre exploité laissant des cavités et des galeries, les affectations les plus variées leur furent données. Fermes, caves à vins, pressoirs, silos à grains, séchoirs à fruits, abris pour les bêtes, refuges pendant les guerres…
Le ventre accueillant de la terre tourangelle devint tout cela. Il devint même gentilhommière, comme celle où naquit François Rabelais, près de Chinon, ou magnanerie pour l’élevage des vers à soie, chapelle ou encore champignonnière – car c’est d’ici, du coeur d’anciennes carrières de tuffeau, que nous vient aujourd’hui l’essentiel de la production française. Sur des milliers de kilomètres, le sous-sol du Val de Loire abrite une vie secrète. Hier occupés par nécessité, les sites troglodytiques sont désormais recherchés pour leur caractère insolite. Chambres d’hôtes, ateliers d’artistes et d’artisans, ils renouent avec une certaine forme d’art de vivre.
La retraite de Léonard de Vinci (Voir photos 15 à 18)
C’est au Clos Lucé que le génie italien s’est installé à la fin de sa vie. En 1519, Léonard de Vinci s’éteint au Clos Lucé, après trois années de vie paisible passées en ces lieux. Le temps d’ébaucher mille inventions, de celles qui avaient poussé le roi à faire venir d’Italie le grand génie du siècle et à l’installer non loin de lui, près d’Amboise. Le temps aussi de goûter à la douceur de vivre en Touraine. La visite donnait déjà à découvrir les belles salles Renaissance de la dernière demeure de Vinci, et quarante fabuleuses machines qu’il imagina avec cinq siècles d’avance. Une nouveauté est venue récemment enrichir la visite, avec un espace consacré au lien que l’artiste entretenait avec la nature. Au pied du manoir, le vallon marécageux a donné naissance, sur un hectare, au Jardin de Léonard, une promenade botanique proposant la découverte des plantes et des fleurs peintes par le maître, mais aussi dix-huit machines géantes des plus étonnantes.
LE CLOS LUCÉ, 2, rue du Clos-Lucé, 37400 Amboise. Tél. : 02 47 57 00 73 et www.closluce.com
Tours, ville de la soie (Voir phots 19 à 23)
Le tissage de la soie est un élément majeur du patrimoine tourangeau. Cette spécialité doit son acte de naissance au roi Louis XI, qui fit de Tours la capitale du royaume et y créa en 1470 la première fabrique. Il consacra ainsi la ville comme le premier centre soyeux de France. Il fait venir des tisseurs italiens, et Tours est bientôt en mesure de rivaliser avec la production florentine ou vénitienne. Le Camp du Drap d’Or, dont les tentures issues des ateliers tourangeaux éblouirent Henri VIII, le royal cousin de François 1er, ont acquis une portée légendaire.
De la plantation de mûriers développée sous Henri IV, à la multiplication des magnaneries encouragée par le duc de Choiseul, la chaîne de production conserve sa complète cohésion jusqu’à la disparition de la sériciculture en Touraine vers la fin du XIXe siècle. Dernière manufacture en activité à Tours, la soierie Jean Roze, née au XVIIe, perpétue dans le monde le rayonnement de la Touraine, en mettant au service des cours européennes, des Monuments historiques, des décorateurs de renom et des grands couturiers, un savoir-faire aussi rare que prestigieux.
MANUFACTURE JEAN ROZE, 10, rue Jolliot-Curie, 37550 Saint-Avertin. Tél. : 02 47 28 02 15.
Reportage réalisé par Lucile Oliver et Sophie Giagnoni. Photos Marie-lys Hagenmüller et Christophe Raynaud De Lage.
Art&Décoration N°454 Septembre 2009
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