La Sologne, un riche patrimoine

Le 28 octobre à 17h36 - - Art & Décoration

Un territoire plat, des arbres à perte de vue : la Sologne est souvent réduite à son paysage et à ses ressources naturelles. Pourtant, derrière ses forêts giboyeuses et ses étangs brumeux, elle dissimule un riche patrimoine. Pour vous, nous avons suivi la recommandation de l’écrivain Alain Fournier, qui écrivait de son pays qu’il fallait « en écarter les branches ».

Des châteaux féodaux aux folies du XIXe
Derrière son riche patrimoine naturel, la Sologne dissimule quelque 500 châteaux.

Les plus fameux sont sans conteste les châteaux de Chambord et de Cheverny. Résidences royales, ils ne relèvent cependant pas des codes de l’architecture locale. Pour en découvrir les spécificités, mieux vaut se tourner vers le manoir de La Motte, à Chaumont-sur-Tharonne, ou encore vers le château du Moulin, à Lassay-sur-Croisne. Leurs parements de brique et leurs dimensions modestes sont représentatifs de la plupart des édifices castraux élevés dans la région. Si certains datent de l’époque féodale, tous n’ont pas pour autant une origine ancienne. Beaucoup remontent au XIXe siècle, à l’époque où Napoléon III désenclave, assainit et met la Sologne à la mode, attirant les fortunes industrielles qui investissent le territoire et ses vastes domaines de chasse.

Entre 1800 et 1914, 330 châteaux sortent de terre. Cette fiévreuse campagne de construction brille par son éclectisme : tous les styles architecturaux sont convoqués, du chalet bavarois au cottage anglo-normand, en passant par le néorenaissance. À la modestie des édifices anciens, ces « folies » du XIXe siècle répondent par des plans complexes, parfois grandioses, des jeux de couvertures savants, mais aussi des parements fragiles, qui ont rendu leur entretien difficile et entraîné la disparition de quelques-unes.

Des villages de brique et de bois
L’habitat rural constitue l’autre versant essentiel du patrimoine bâti de la Sologne.

Sennely-en-Sologne, Souvigny-en-Sologne, Saint-Viâtre, Ménestreau-en-Villette,Vouzon… comptent parmi les plus beaux villages de Sologne. Et les mieux préservés. Ils se dressent aux carrefours de routes modestes, serrés autour de leur église. À proximité de celle-ci, on trouve le presbytère, d’anciens relais de poste et les demeures des notables, maisons bourgeoises élevées sur deux niveaux, dont certaines datent des XVe et XVIe siècles. C’est dans ce « premier cercle » qu’il faut rechercher les spécimens remarquables de colombages ou de parements de brique. Au-delà se déploient de plus humbles maisons : des constructions basses en brique, coiffées de toits à deux versants couverts de tuiles plates.

Le long des rues qu’elles bordent étroitement, elles forment bien souvent de parfaitsalignements, ne se distinguant plus les unes des autres que par le décrochement de leurs toits. Hors des villages, dans de vastes clairières ménagées au coeur des forêts, se tiennent encore des fermes isolées. Ce sont d’anciennes métairies, dont les bâtiments délimitent une cour, ou de simples « locatures », de petites maisons rurales laissées en location à des ouvriers agricoles, dont la modestie reflète celle de leurs premiers occupants.

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Des intérieurs sous le signe de la chasse
Châteaux et maisons bourgeoises affichent une même passion pour la chasse.

Si l’on pénètre dans les châteaux par un hall monumental ou une large galerie, on entre dans les fermes et les maisons villageoises par un débotté. Comme son nom l’indique, cette pièce est destinée au déchaussage des hôtes, dans une région où la terre argileuse s’accroche par paquets aux chaussures. Elle est traditionnellement pourvue de nombreux rangements : patères, placards, coffres et, bien sûr, râteliers d’armes. La chasse est une passion qu’ont en commun les habitants de la région, aristocrates, grands bourgeois ou simples paysans. Élevée au rang d’art de vivre, elle se manifeste dans les intérieurs, des plus riches aux plus modestes, par l’abondance des éléments décoratifs qui se rattachent à ce loisir.

Le débotté passé, on pénètre dans une vaste pièce à vivre, survivance de l’ancienne pièce unique. Celle-ci s’organise invariablement autour d’une cheminée, qui conserve parfois ses caractéristiques originelles : une ouverture sur trois côtés, un foyer à peine surélevé et un manteau haut. Même modestes, ces intérieurs possèdent un charme chaleureux qui réside dans les ocres rouges et orangés des briques et des tomettes, que soulignent de façon harmonieuse les poutres apparentes des colombages.

Une terre de savoir-faire
La Tuilerie de la Bretèche fabrique à l’ancienne tuiles, briques et tomettes.

Dépourvu de pierre de construction, le sol de Sologne regorge d’argile, une terre dotée de qualités d’étanchéité et d’isolation. Son utilisation sous forme de terre cuite est attestée dans la région depuis l’Antiquité romaine. Les briques ont longtemps été réservées à l’édification des châteaux, tandis que les tuiles, résistantes au feu et à la pluie, se sont plus rapidement généralisées. Au XIXe siècle, avec la grande campagne de construction impulsée dans la région, les tuileries-briqueteries sortent de terre au même rythme que les châteaux.

Mais des 500 recensées au début du XXe siècle, il n’en reste aujourd’hui plus qu’une : la Tuilerie de la Bretèche, à Ligny-le-Ribault. Fondée en 1890, elle a survécu en se spécialisant dans la restauration du patrimoine. C’est désormais une institution, qui fournit en briques, tuiles ou carrelages des édifices prestigieux – châteaux de Versailles ou de Fontainebleau, théâtre antique d’Orange, etc. En 2006, le ministère de la Culture lui a octroyé le label « Entreprise du patrimoine vivant ».

Tuilerie de la Bretèche : 45240 Ligny-le-Ribault. Tél. : 02 38 45 43 88 et www.tuilerie-de-la-breteche.fr

Dossier réalisé par Sophie Giagnoni. Photos Christophe Raynaud De Lage, sauf mention contraire.
Art&Décoration N°455 Octobre 2009.

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