Il fallait que Françoise et Pierre soient un peu fous et aventuriers dans l’âme, pour venir s’installer dans la nature intacte, mais un brin hostile, des causses du Quercy, avec le projet d’y faire un jardin ! « Notre rêve, au départ, était de réaliser un arboretum, mais nous avons abandonné l’idée quand nous sommes tombés amoureux du Lot, raconte Françoise Di Vanni. Nous avons découvert l’endroit en faisant de la paléontologie à Saint-Cirq-Lapopie, et avons commencé à chercher une maison en ruine, à retaper. Nous l’avons trouvée en 1974. »
Onze hectares d’une terre de causse pauvre, pâture ancestrale des ovins, présentant un enchevêtrement de buis, de chênes, de genévriers et autres sorbiers, le tout parcouru de murets antédiluviens. « Il a fallu débroussailler, longtemps, pour regagner de l’espace sur la nature, raconte Françoise. Puis, je me suis plongée dans les catalogues de plantes. J’ai commencé par apprivoiser les vivaces, avec la lecture des irrésistibles catalogues du Jardin du Morvan, puis de ceux pour jardins secs de la Pépinière Filippi, des Senteurs du Quercy, de Lahier Eco Horticulture… »
Ici, le banc calcaire affleure de partout, la bonne terre de jardin n’est qu’un mirage, mais Françoise s’est prise au jeu « des petits trous ». « J’ai commencé par faire des petites poches de terre partout où je pouvais et, après de nombreux essais infructueux et autant de végétaux perdus, je me suis tournée vers les plantes et les aromatiques à parfum. Il faut des plantes rustiques, qui résistent aux hivers rigoureux, à plusieurs mois sans eau l’été, et qui soient calcicoles. »
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Autour de la maison, ces petites poches de terre accueillent des aromatiques qui diffusent leurs parfums dès le moindre rayon de soleil. Au fil des ans, un véritable potager de saveurs et de senteurs s’est installé en contrebas de la maison, ceint de murets. Au centre, cinq carrés délimités par des madriers. Le long des murs, trois planches sont consacrées, pour l’une, au safran, pour l’autre aux menthes de collection, la dernière à diverses plantes aromatiques.
Pour Françoise, un jardin au naturel allait de soi, dans cet environnement authentique. Pour amender le sol, du compost maison, un peu de terre végétale et du fumier de cheval ou de mouton si besoin. « Le seul produit que j’utilise est l’antilimaces bio Ferramol (inoffensif pour les crapauds et les hérissons) parce que les invasions de gastéropodes sont aussi spectaculaires qu’étonnantes dans un jardin aussi sec ! L’hiver, certains arbustes, tels les fusains et les rosiers, reçoivent un traitement aux huiles blanches à titre préventif et, plus tard, si nécessaire, un traitement curatif à base de bacille de Thuringe contre les chenilles. Au potager, je pratique la rotation des cultures et j’associe des plantes compagnes, comme les œillets d’Inde entre les pieds de tomates. » Récompense, les insectes butineurs, dont les papillons, ont investi le jardin, pour le bonheur de sa propriétaire qui, quand elle ne jardine pas, crée d’alléchants livres de recettes où l’on retrouve son amour du goût, des parfums et des senteurs…
Reportage réalisé par Aurélie Laglantine. Photos Franck Bel
Mon Jardin & Ma Maison N°605 Juin 2010
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