Le jardin de Guy Cattaux à Ribeaucourt n’est pas le fait du hasard. Enfant d’un père français et d’une mère allemande, Guy passe ses vacances d’été en Bavière. Et les sorties le conduisent dans les parcs et châteaux de Louis II. C’est là qu’il apprend combien le strict ordonnancement des jardins met en valeur le fond végétal naturel. La famille a également une maison dans l’Aisne, près de Sainte-Preuve, où une illustre voisine est une jardinière d’avant-garde, Jacqueline de Chimay. Dès les années 60, en effet, elle a créé un jardin exquis et fort en avance sur son temps, « à l’anglaise » teinté d’esprit français par certaines bordures de buis et autres formalismes. Et, dans le livre Plaisirs des jardins, elle a établi les bases d’un renouveau jardinier.
Guy Cattaux y a beaucoup puisé par ses visites et ses lectures, en particulier la connaissance de tout ce qui peut pousser en terre argileuse et calcaire, puisque tel est le sol de Sainte-Preuve. Faire une entrée dans ce sérail de personnalités, qui jardinaient bien avant la mode, le conduisit vers d’autres lieux tout aussi enchanteurs. Il cite les noms de Noailles à Grasse, Wolkonsky à Kerdalo, Brissac à La Celle-les-Bordes. Telles sont les sources d’inspiration de Guy Cattaux quand il entreprend la restauration du château XVIIe de Ribeaucourt, dans la Somme, dont il fut longtemps conservateur. Il jardine dans le même temps « pour son compte» autour d’une maison XVIIIe siècle du domaine, dans laquelle il loge. À partir de 1995, il dessine son projet et plante des ifs et des buis en quantité.
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Sur une surface réduite de 4000 m2, ce jardin reproduit, comme on en faisait jadis dans les grands domaines, des thèmes nommés « jardin de roses » ou « chambre de verdure ». Une gloriette ferme une perspective de manière fort seyante. Plantes vivaces et arbustes dans des sélections contemporaines remplissent les massifs en apportant de la couleur et en structurant l’espace. Les visiteurs reconnaissent au Pavillon de Fantaisie – le nom du lieu – un jardin à la française. Guy les reprend gentiment en leur faisant remarquer qu’il préfère parler de jardin français, moins pompeux, avec des influences anglaises et italiennes. Il explique en citant le Duc d’Harcourt : «Ifs et buis sagement taillés symbolisent l’ordre qui est le plaisir de la raison, et le pseudo-désordre des plantations, le délire de l’imagination ». Par la grâce du climat picard, gazons et plantations souffrent rarement de la sécheresse. Les tapis restent bien verts, écrins merveilleux qu’on est invité à fouler.
Reportage et photos réalisé par Georges L'évêque.
Mon Jardin & Ma Maison N°602 Mars 2010
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