Les serres des saveurs toute l’année

Le 3 décembre à 12h09 - - Maison & Travaux

Tout jardinier souhaite s’affranchir des caprices du climat pour semer ses tomates en avance, cultiver ses orchidées, faire mûrir ses melons, etc. Un miracle qui s’accomplit en serre. Un rêve ? Plutôt une réalité à concrétiser point par point.

La serre est un lieu magique. Un peu hors du jardin, hors du temps et des saisons, elle permet de ne plus être dépendant des températures trop basses et des conditions climatiques exécrables. Dans cet univers à part, l’atmosphère est très particulière. Tout semble pouvoir s’y faire, surtout obtenir des plantes qui n’auraient jamais dû pousser autrement. Et aussi protéger des végétaux fragiles qui n’auraient pas supporté les frimas car inadaptés à la région. Que d’agrumes coulent des jours heureux grâce à cet équipement ! Parce que le jardinier peut régler, comme il l’entend, la température et la lumière - moyennant quelques aménagements conséquents malgré tout-, la serre est le lieu d’expériences privilégiées : semis de plantes rares et réputées difficiles, cultures à contre-saison, production de fraises plus tôt dans le calendrier, cultures précoces de tomates pour goûter aux joies du soleil avant les autres..., la serre n’est pas seulement un jardin d’hiver. Sans oublier le côté esthétique offert par certains modèles.

1. Le degré de température souhaité
Selon la région, le climat diffère ainsi que les conditions hivernales. Autant de données qui influent sur l’atmosphère de la serre. La différence de température entre l’intérieur et l’extérieur varie de 5 à 10 °C quand aucun appoint n’est prévu. Dans l’est de la France ou en montagne, ce n’est pas suffisant pour maintenir des plantes en vie. Un chauffage complémentaire s’impose. Plusieurs systèmes existent : il faut choisir en tenant compte des coûts d’entretien et de chauffage à venir. Froide. La serre n’est pas chauffée, mais des protections permettent de l’isoler en hiver. Les températures peuvent y descendre en dessous de 0 °C, mais elles sont toujours supérieures aux températures extérieures. Le jardinier gagne trois à quatre semaines par rapport au jardin. Tempérée. La température ne descend pas en dessous de 5 °C, sans pour autant dépasser 10- 12 °C pour permettre aux plantes d’hiverner.

Le recours à un chauffage d’appoint (électrique, à gaz ou à pétrole) est nécessaire en hiver pour conserver les plantes d’orangerie. Tiède. La serre offre une température minimale de 15 °C, ce qui exige un chauffage performant en hiver dans les régions septentrionales. Il doit fonctionner pendant de longs mois, ce qui n’est guère compatible avec une bonne gestion de l’énergie. Dans ce cas, mieux vaut abandonner la culture des plantes exotiques que persévérer à lutter contre les frimas. Tropicale. Avec une température qui oscille entre 18 et 30 °C, cette serre est réservée aux orchidées, aux plantes carnivores et à certaines cactées. Mais son entretien est dispendieux car le chauffage doit tourner une dizaine de mois, du moins la nuit. Guère écologique !

2. Une forme selon l’emplacement
La situation de la serre dans le jardin est primordiale car son orientation intervient directement sur la bonne gestion de la température à l’intérieur. Mais il est vrai que le jardinier n’a pas toujours le choix !

Rectangulaire à deux pentes : c’est le modèle le plus classique. La serre est fermée par deux pignons dont l’un accueille la porte. Tous les «murs» sont entièrement vitrés jusqu’au sol, pour assurer une luminosité maximale à l’intérieur. Souvent, les deux grands côtés sont inclinés pour mieux profiter de l’ensoleillement. Un côté accueille des tablettes et des étagères tandis que le reste de la surface est consacré à la culture en pleine terre de tomates, de salades ou d’autres plantes. Cette serre s’installe à l’endroit que vous voulez.

Adossée : elle vient s’appuyer sur un mur de clôture ou sur l’une des façades de la maison. Son toit ne présente qu’une seule pente. Elle est moins lumineuse, mais, par contre, elle est plus chaude car le mur joue le rôle d’accumulateur de chaleur pendant la journée. Il restitue ses calories la nuit. La surface vitrée est aussi moindre, ce qui limite les déperditions. Le raccord à l’eau, à l’électricité se fait depuis la maison. C’est un modèle classique.

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Octogonale : très agréable à regarder, son esthétique nuit beaucoup à son efficacité. L’espace à l’intérieur est réduit. Les pertes de places sont importantes. Les murs sont très près, avec les risques de casse que cela suppose quand vous manipulez des outils. C’est davantage une gloriette qu’un outil pratique.

Tunnel : elle offre les mêmes possibilités qu’une serre, avec sa structure en plastique, en fer ou en aluminium, recouverte d’un film en plastique. Deux accès, à chaque extrémité, assurent l’aération. La durée de vie du film est limitée dans le temps et la construction n’est guère esthétique, mais elle est efficace et a le mérite de pouvoir se déplacer facilement, voire d’être démontée en été pour libérer de l’espace. Quelle que soit la forme, l’espace autour de la construction doit être totalement dégagé. Aucune ombre portée ne doit venir en perturber l’éclairement. Si votre serre est orientée sur un axe nord-sud, vous profiterez pleinement de la lumière estivale (une obligation qui ne s’applique pas au modèle adossé).

3. Côté taille, pas moins de 2 mètres
Une serre s’avère toujours trop petite une fois installée ! A contrario, plus elle est grande et plus il est difficile de la chauffer en hiver... Tout est donc affaire de compromis. Un modèle classique fait en général 2,50 m de long par 2 mètres de large pour une hauteur de faîtière de 2,50 m environ. C’est la taille minimale pour bien gérer une serre. Plus petite, vous aurez des difficultés non seulement à y évoluer mais aussi à équilibrer le milieu. Le volume d’air ne sera pas suffisant pour amortir les surchauffes en été et limiter les écarts de température entre le jour et la nuit. L’inertie thermique de l’air lui permet de faire tampon dans le cas de variations de température.

4. Les matériaux de structure
A l’instar des vérandas, le choix du matériau de structure est affaire d’esthétique et de coût. Le bois reste le matériau traditionnel mais il se fait rare. Le cèdre rouge est idéal. Les autres bois, moins onéreux, sont aussi moins résistants dans le temps. S’il est plus esthétique, le bois nécessite un entretien annuel. L’acier est très résistant, mais lourd à manipuler. Un traitement de galvanisation le protège contre la rouille. Cela n’empêche pas de devoir inspecter annuellement l’état de la structure. L’aluminium est le matériau idéal. Il ne nécessite pas d’entretien ou presque ! Très léger, il est aussi très résistant. Cette qualité permet de créer des structures très fines qui laissent passer un maximum de lumière dans la serre.

5. La nature du vitrage
Les films plastiques transparents, en polyéthylène ou en PVC sont souvent exposés aux déchirures consécutives à des gestes malheureux avec un outil. Ils sont réservés aux serres légères et aux châssis. Pour les autres, le choix se porte sur trois matériaux. Le verre horticole reste le plus approprié. Plus fin qu’un verre destiné à une fenêtre, il retient mieux la chaleur. Il présente également l’avantage de rester toujours transparent si vous prenez la peine de le nettoyer régulièrement. Sa rigidité l’empêche cependant d’épouser des formes arrondies. Il est aussi fragile et casse au moindre choc un peu vif. Mais il se remplace facilement ! Il a aussi l’inconvénient d’être très lourd, ce qui implique des structures bien dimensionnées. Le coût s’en ressent.

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Le polycarbonate, léger et pratiquement incassable, est de plus en plus utilisé pour les serres destinées aux jardiniers amateurs. Facile à manipuler et présentant de bonnes propriétés isolantes, il équipe de nombreux modèles. Il est aussi plus léger, ce qui facilite le transport. Les doubles vitrages en cette matière sont très isolants bien qu’ils pêchent par un manque de transparence. L’acrylique est souvent choisi pour les vitrages courbes car ce matériau se déforme facilement sans pour autant casser. Ces deux derniers matériaux, l’acrylique et le polycarbonate, ont l’inconvénient d’être sensibles aux rayures. Ils provoquent également une condensation plus importante dans la serre.

6. Des équipements indispensables
Equipez-la afin d’optimiser l’espace et le volume en vue d’ y faire entrer le maximum de végétaux mais tout en conservant suffisamment de place pour travailler et évoluer sans avoir à se déhancher à tout moment. La tablette est l’équipement de base de toute serre destinée à recevoir des plantes en pots ou à faire des semis. Outre sa fonction de plan de travail, elle permet aussi de mieux exposer les végétaux. L’agencement le plus efficace consiste à en placer une rangée de chaque côté de la serre, en préservant ainsi un passage central, et une transversale au fond.

Les étagères, ajoutées au-dessus des tablettes, permettent d’agrandir la surface d’installation. Elles s’avèrent également très pratiques pour accueillir les bacs remplis de terreaux dans lesquels vous avez fait vos semis, tout en libérant de l’espace sur les tablettes. Un thermomètre est indispensable pour contrôler la température de votre serre. Un appareil « à minimum et maximum » est obligatoire si on veut contrôler que la température souhaitée a bien été maintenue durant toute la nuit ou toute la journée. C’est une façon de vérifier le bon fonctionnement du thermostat de l’appareil de chauffage. Des stores extérieurs ou des filets à ombrer facilitent la gestion de l’atmosphère. De même les panneaux de toit à ouverture automatique évitent tout problème de surchauffe. Des volets ajustables sur le fond de votre serre participent à la bonne aération du lieu.

7. Un mode de chauffage fiable
Au sens strict, un chauffage permet d’obtenir une ambiance tempérée ou tropicale. Cependant, il joue aussi le rôle d’antigel en maintenant la température autour de + 2 °C minimum. Choisissez-le suffisamment puissant pour atteindre et ensuite maintenir efficacement la température choisie. Les radiateurs électriques sont les plus simples à mettre en oeuvre, grâce à leur thermostat. Mais cela suppose un raccordement de votre serre au réseau électrique. Le chauffage au gaz s’avère très efficace. Alimenté par une bouteille de propane (qui ne gèle pas), ce type de radiant dégage une puissance réglable entre 2500 et 4500 W. De quoi chauffer une serre dont la surface au sol atteint 20 mètres carrés. L’appareil à pétrole, si cher à nos voisins anglais, est efficace mais peu précis. Economique et totalement autonome, il permet de gagner quelques degrés. L’absence de thermostat rend son utilisation plus aléatoire. Un poêle avec un seul brûleur convient pour une serre de 3 à 4 mètres carrés. Avec deux brûleurs, il assurera le chauffage d’une serre de 8 mètres carrés maximum.

Les serres et la loi
Pose libre. Si votre serre est démontable, qu’elle fait moins de 1,50 m de haut et s’étend sur moins de 20 m2 de surface, vous pouvez l’installer sur votre terrain sans demander de permis de construire ni déposer de déclaration préalable. Avec déclaration préalable. Par contre, si la serre fait plus de 1,50 m de haut mais offre moins de 20 m2, une déclaration préalable est nécessaire. Un permis de construire est obligatoire si la surface est supérieure à 20 m2. Ces deux demandes sont à déposer en mairie, contre un reçu. Mieux vaut les envoyer en recommandé avec accusé de réception. La date de dépôt est, en effet, primordiale pour gérer la suite des événements.

Guide pratique réalisé par Patrick Glémas
Maison&Travaux N°221 Nov-Dec 2009

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