Helleborus niger, plus communément dénommé rose de Noël, commence à être bien connu des jardiniers pour ses magnifiques floraisons au coeur de l’hiver. Il l’était encore peu dans le domaine de la fleuristerie et des jardineries, mais l’attrait pour cette belle immaculée croît d’année en année. Les pays nordiques, de l’Allemagne au Danemark, ont fait depuis bien longtemps leur fleur vedette de Noël, dans des compositions élégantes. Mais c’est à Grasse que nous avons rencontré Thierry Chiocci, l’un des rares producteurs français d’hellébores coupés. La culture de cette vivace à floraison hivernale nécessite une grande précision de culture. « C’est un changement de température d’au moins 10 à 15 °C, à l’automne, qui fait redémarrer la plante, explique-t-il.
Dès que la végétation démarre, nous installons les tunnels et leurs ombrières, qui ne laissent filtrer que 10 % de lumière. » Car pour que la rose de Noël soit haute en tige et blanche de pétales, critères de la fleur coupée, la quasi-obscurité lui est nécessaire. Les hellébores de la meilleure qualité afficheront des tiges bien fermes d’une quarantaine de centimètres de hauteur, symbole d’une plante à la recherche de sa lumière. Des soins très méticuleux doivent être apportés à chaque pied, car, au bout de la tige, la fleur se doit d’être absolument blanche pour être vendue. Les premières fleurs, dont on aperçoit à peine le cœur jaune pâle, seront cueillies au couteau vers la mi-novembre, expédiées en majorité vers l’Allemagne, et le marché s’éteindra de lui-même… à Noël.Un pays où il s’en vend, par ailleurs, près de 15 millions de pots pour les fêtes !
Ambiance toute différente non loin de Nantes, chez Étienne Leboeuf, où l’on s’active également à l’approche de Noël. Ce spécialiste des plantes vivaces, dont on retrouve les productions en jardineries, s’est pris de passion pour les hellébores voilà une dizaine d’années. « C’est d’abord sa floraison décalée qui m’a intéressé, et je me suis dit qu’il y aurait certainement bientôt un marché pour cette rose de Noël. Mais les grands hybrideurs européens avaient des difficultés à en maîtriser la multiplication et la production.
Nous avons trouvé un partenaire allemand, Heuger, qui s’intéressait depuis un moment à la population d’Helleborus niger et avait réussi à isoler les caractéristiques essentielles de la plante : une fleur tournée vers le haut, la bonne époque de floraison, la vigueur… » Depuis, Étienne Leboeuf achète en Allemagne des plants issus de multiplication in vitro, qu’il met en culture dans ses serres nantaises tous les mois d’avril, afin que les amateurs puissent acheter des pots en fleur en jardinerie, pour Noël. Les hellébores craignant la chaleur, il est conseillé d’écourter au maximum leur passage dans les intérieurs chauffés. Ils fleuriront plus longtemps installés sur un perron ou sur un rebord de fenêtre, avant d’être, éventuellement, replantés au jardin.
Reportage Aurélie Laglantine. Photos Franck Bel.
Mon Jardin & Ma Maison N°559 Décembre 2009
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