Au fond d’une petite vallée, cette ancienne ferme, qui offrait trop peu de mètres carrés habitables, est agrandie pour y loger confortablement toute la famille. L’objectif des propriétaires est de créer une grande extension (100 m2), dans le prolongement de la maison, propre à accueillir au rez-de-chaussée : un bureau, une buanderie et une douche ; à l’étage : trois chambres, un dressing et une salle de bains. Dans les combles, un troisième niveau est aménagé en mezzanine, réservant un couchage pour les amis. Sur ce grand terrain, un espace atelier bureau (70 m2) est ajouté à gauche de l’extension principale.
Dans le style régional
L’épaisseur des murs en pierre, la faible hauteur sous plafond et l’espace de vie très ouvert constituent autant d’éléments architecturaux typiques des constructions de la région (Finistère sud) datant de la fin du XIXe siècle. Aussi les propriétaires restaurent et agrandissent-ils leur maison en conservant le charme et le style premiers, pour assurer une continuité esthétique. Maçon spécialisé dans la restauration du patrimoine architectural ancien, urbain ou rural, Pierre se met alors à l’ouvrage en prenant pour modèle la maison d’un village voisin. Il réalise l’ensemble des travaux de gros oeuvre, en dehors de la couverture, de la plomberie, de l’électricité et de la gestion domotique. Et pour des questions de budget, il n’hésite pas à mêler des matériaux, qu’il récupère sur des chantiers locaux, avec des produits constructifs modernes, obtenant au final le cachet d’hier et le confort d’aujourd’hui.
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Une extension réussie
L’ancrage du nouveau bâtiment à la maison existante se fait en démolissant un pignon de la maison, déjà fragilisé et partiellement détruit par une période d’inondation et un glissement de terrain. La démolition de ce pignon n’ébranle pas la stabilité de la maison puisque les fermes de la charpente reposent sur les murs porteurs latéraux du bâtiment. Construits en briques, les murs de l’extension sont doublés de pierres, récupérées du pignon même, afin d’établir, extérieurement, une harmonie entre les deux corps de bâtiment. A l’intérieur, le passage de l’un à l’autre se fait par quatre marches qui permettent d’accéder à ce nouveau volume.
Un confort de matériaux naturels
Pour la maîtrise de la consommation d’énergie, l’isolation est l’objet de tous les soins. Ainsi, la toiture est calfeutrée par l’intérieur avec des rouleaux de laine de chanvre, fixés entre les fermettes puis recouverts de lambris. Côté extérieur, un platelage de voliges non jointives (pour la ventilation) reçoit le litonnage sur lequel les ardoises sont clouées. Parallèlement, les murs de l’extension, montés en briques G7 de 20 cm d’épaisseur (« Thermo’Bric » montage HPE, Bouyer Leroux), déjà isolantes R = 1, sont doublés par un mur extérieur de pierres de 40 cm d’épaisseur.
A l’intérieur, les parois sont enduites avec un mortier de chaux (chaux hydraulique naturelle et chaux aérienne) avant d’être peints (badigeon et encaustique à la cire teintée). Pour limiter les bruits du plancher et rattraper les dénivelés de 20 cm (engendrés au fil des années par des tassements de terrain), on place des lambourdes calées de niveau (tous les 50 cm) sur lesquelles un nouveau parquet est cloué. L’espace intermédiaire entre les deux planchers sert à passer les gaines électriques, la plomberie et le système d’aspiration centralisée. Une dalle de chanvre et chaux, coulée dans cet espace, permet aussi de créer une isolation acoustique.
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Chauffage au sol et central
Le confort thermique est renforcé par l’installation d’un chauffage au sol (t° maxi 28° C) afin de bien répartir la chaleur dans l’ensemble de la bâtisse. Le sol en terre battue est préparé avec une base d’agrégats qui composent le hérisson (épaisseur 20 cm). Des gaines sont disposées pour évacuer les remontées d’humidité éventuelles. Ensuite des dalles d’isolation thermique en liège de 1000 x 500 mm, sur 55 mm d’épaisseur, soit un R = 1,30 m2K/W (« Eco Thermacome », Acome), sont installées et reçoivent le système de chauffage par le sol basse température.
Elles sont recouvertes d’un film hydrofuge quadrillé respirant. Des cavaliers de fixation permettent de stabiliser les tubes PB Polybutène de 16 mm de diamètre qui sont déroulés en escargot selon l’étude préalable. Son collecteur modulaire (3 à 10 sorties) est un atout pour réguler et maîtriser la diffusion de la chaleur douce. Enfin, le système est noyé dans une dalle de béton à la finition cirée. Ici, le système à eau chaude est alimenté par une chaudière au fioul. Reliés à celle-ci, des radiateurs en acier (Acova) sont installés à l‘étage, dans chaque pièce, derrière les portes pour plus de discrétion.
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Une touche de récup’
Le propriétaire se fait un devoir de récupérer dalles, pavés, menuiseries, portes, roues de charrette et autres matériaux bruts ou manufacturés qui sont jetés sur certains chantiers de restauration. Ces matériaux anciens, souvent en bon état, ont encore de beaux jours devant eux pourvu qu’on les réutilise à bon escient. Ainsi des dalles calcaires, très épaisses (15 cm), provenant de l’ancien parvis d’une église, sont recoupées (longueur 60 cm, largeur 50 cm, épaisseur 3 cm) avant de recouvrir entièrement l’entrée principale de la maison. Poncées, elles sont ensuite traitées avec un durcisseur qui laisse respirer le support et ne modifie pas la teinte (« Pelicoat Pro Roc », Pelicoat).
Les portes intérieures ont été chinées dans la région, et la rambarde de l’escalier extérieur est en réalité le fer d’une roue de charrette, déroulée et associée à des barreaux d’une ancienne écurie (Ateliers du Vern). Dans toutes les pièces, on retrouve des matériaux ou objets de récup’ (meubles, boiseries, boutons de portes et interrupteurs). Les économies réalisées sont bien sûr intéressantes, mais c’est surtout le charme de ces objets et matériaux anciens qui prévaut ici.
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Des peintures écologiques
Bénéficiant d’une bonne hauteur sous plafond, les murs de l’entrée sont revêtus d’une peinture en partie haute et d’un soubassement en lambris en partie basse, fabriqué à partir de planches de récup’. Celles-ci ont été posées sur une ossature bois en préservant la ventilation du mur. Une tablette large de 10 cm sert d’étagère. Décoratrice, la propriétaire travaille la peinture comme une véritable matière. Elle donne du volume aux couleurs selon le nombre de couches, les nuances choisies, la technique utilisée ou encore l’ajout de papier de soie marouflé sur des murs enduits à la chaux. Son point de départ dans chaque pièce est soit un tableau contemporain, qu’elle a choisi de placer là, soit un objet décoratif dont les teintes et la forme demandent un accompagnement. Les peintures utilisées sont écologiques.
C’est la caséine (AC Matière) qui donne de la profondeur tout en gardant un aspect mat, ou celle à la cire d’abeille qu’elle fabrique elle-même. Naturellement résistantes au temps et aux changements de température, ces peintures montrent des effets de matière intéressants. La peinture à la cire d’abeille empêche aussi l’oxydation des pigments qui conservent ainsi leurs couleurs intactes. Pour obtenir la nuance souhaitée, les couches de peinture sont appliquées en nombre différent, de façon, par exemple, à éclairer un côté du mur cernant une cheminée et assombrir l’autre côté. La décoratrice a ainsi « resserré » l’espace dans la grande pièce principale (à la fois séjour et cuisine) avec des tonalités roses et rouges pour la rendre plus conviviale. De la sorte, toute la maison respire la joie de vivre au rythme de la succession des couleurs.
Reportage réalisé par Célia Ribon. Photos Marie Turner
Entreprise de restauration Le Signor LTD, décoratrice Véronique Le Signor-Lemoine
Menuiseries Le Ber et l'Atelier de Parrichard
Maison&Travaux N°224 Avril-Mai 2010
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